• Cent dix personnes ont pu bénéficier d'une solution temporaire d'hébergement hier après l'épisode de la caserne de Château Landon, mais comme il était à prévoir, plusieurs dizaines sont sans solution d'hébergement.

    Accompagnés de très rares bénévoles, ils ont trouvé refuge au Jardin d'Éole, rue d'Aubervillier, toujours dans le 18e arrondissement. Quelques bâches leur ont permis de se protéger un peu de l'averse de la nuit.

     

    photo : Jean-Raphaël Bourge

     

    Environs soixante-dix migrants se retrouvent ici, autours du "campement" ou éparpillés dans les environs. Parmi eux plusieurs "migrants de la Chapelle" qui se sont tenus à l'écart la veille, effrayés par toutes les violences subies les jours précédents. Quelques migrants errent dans les quartiers environnants, place de la Chapelle, au Bois Dormoy ou vers la halle Pajol à la recherche de leurs compagnons d'infortune.

    Les soutiens sont rares, presqu'aucuns de ceux des jours précédents ne sont là, ni politiques ni militants. Les besoins vitaux sont à peine assurés. Du coté des pouvoirs publics rien n'est envisagé pour eux.

    Du coté du Bois Dormoy, les adhérents se sont retrouvés seuls pour nettoyer un jardin associatif dans une situation sanitaire inquiétante. Ni les services de la ville de Paris ni les nombreux militants politiques qui, la vielle encore, promettaient la main sur le coeur de venir aider, ne sont venus. Seule une benne mise à disposition par la ville a été enlevée une fois pleine.

     

    photo : Jean-Raphaël Bourge

     

    Et pendant ce temps à l'église Saint-Bernard…

     

    photo : Jean-Raphaël Bourge

     


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     Monsieur le ministre de l’Intérieur 

    Monsieur le Directeur général de l’OFII 

    Monsieur le Directeur général de l’OFPRA 

    Madame le Maire de Paris 

    Lettre ouverte au Ministre de l’Intérieur 

     

    Copie au Directeur général de l’OFPRA et de l’OFII, à la Maire de Paris 

    Après avoir transité par Calais ou les rivages de la Méditerranée, au péril de leur vie, des personnes migrantes demandent la protection de la France. A la rue, cachées dans un jardin du 18e arrondissement ou sur le quai d’Austerlitz, aux abords de la cité de la mode, elles sont nombreuses à dormir dehors depuis plusieurs semaines à Paris. Elles viennent dans leur grande majorité de la Corne de l’Afrique, notamment du Soudan et d’Erythrée. 

    Nos associations peuvent témoigner de la détresse de ces nouveaux arrivants. En même temps que nous les informons de leurs droits, nous sommes bien obligés, à notre grande honte, de les avertir que ces droits ont de grandes chances d’être bafoués. 

    Leur présence dans la rue fait apparaître au grand jour la défaillance systémique des pouvoirs publics, incapables de fournir un accueil décent aux demandeurs d’asile comme aux personnes précaires en général et qui choisissent de recourir à la répression face à une situation humanitaire qu’ils ont laissée dégénérer. 

    La priorité, aujourd’hui, est que ces personnes puissent accéder à un hébergement stable. Toutes sont confrontées au manque de place en centre d’accueil pour demandeurs d’asile, à la saturation du dispositif d’hébergement de droit commun. Certaines n’auraient, nous dit-on, pas le droit d’être hébergées ? Faux : le droit à l’hébergement est un principe inconditionnel. 

    Ces personnes doivent avoir un lieu pour se laver, se nourrir, mais aussi se retrouver, être accompagnées et prendre le temps de réfléchir à leur avenir et aux démarches qu’elles souhaitent entreprendre en France. 

    A cet égard, celles qui souhaitent demander l'asile doivent pouvoir le faire rapidement et dans des conditions conformes à la loi. En Ile-de-France comme ailleurs, déposer une demande de protection est un véritable parcours du combattant. Les organismes de domiciliation sont saturés et la préfecture de police fait courir des délais de plusieurs mois avant de permettre le dépôt d’une demande d’asile. Les traitements éclairs exceptionnels par l’OFPRA de quelques demandes d’asile, qui ont ces derniers jours fait la une des médias, ne font que mettre en lumière, par contraste, l'arbitraire qui règne en la matière et l'absence de volonté politique d'accorder l'asile à toutes celles et ceux qui y ont droit. 

    Il faut enfin et surtout, que cessent les violences policières. Les évacuations pour quelques heures, avec destruction des effets personnels, comme nous en avons été les témoins ces derniers jours, sont inadmissibles car à la fois inhumaines et purement gratuites. Ce type de politique ne fait qu’aggraver la misère et attiser la défiance envers les pouvoirs publics. Le placement en rétention est évidemment intolérable quand il vise à expulser des personnes vers des pays où les violations des droits de l’homme sont généralisées ; mais il est tout aussi inacceptable lorsqu’on sait par avance que ces personnes ne pourront pas être expulsées et que l’enfermement est une mesure purement vexatoire. 

    Les personnes concernées et les associations qui les soutiennent ne demandent qu’une chose : qu'on applique le droit ! Le contexte de violences internationales nécessite la mise en place de dispositifs d’accueil et de protection pérennes. Ces solutions doivent répondre aux urgences d’aujourd’hui et aux préoccupations futures. 

    Ainsi nous demandons : 

     La cessation immédiate des violences et du harcèlement policiers (violences, intimidations, menaces, destruction des biens matériels) à l’encontre des personnes étrangères sans hébergement. 

     L’arrêt des interpellations et du recours à la rétention, la libération des personnes enfermées et l’abrogation des décisions d’éloignement. 

     Une réponse immédiate, humaine et conséquente des pouvoirs publics, par la mise en place d’un dispositif pérenne, pour assurer durablement la dignité et la sécurité de toutes ces personnes, et la garantie effective, transparente et égale de leurs droits: 

    - à l’hébergement et à la santé 

    - à décider librement de leur sort 

    - à accéder à la demande d’asile 

     

    Le 12 juin 2015, 

    Signataires : ACAT France ; ATMF ; Centre Primo Levi ; la Cimade ; Comede ; Dom’Asile ; Elena ; Fasti ; GAS ; GISTI ; JRS ; LdH ; MRAP ; Secours Catholique

     


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  • Habitant la Goutte d'Or, j'ai assisté, comme de nombreux autres riverains, au développement du campement de fortune du pont Saint-Ange sur le boulevard de la Chapelle. Les conditions de vie y étaient déplorables, il a fallu attendre de nombreux mois avant que des sanitaires mobiles soient posés et qu'une collecte hebdomadaire des ordures soit assurée. Ce camp n'était pas acceptable pour les personnes contraintes à trouver refuge ici, mais c'était là un point où les solidarités entre migrants pouvaient fonctionner et où les associations humanitaires pouvaient leur venir en aide. Je l'ai vu aussi se développer de manière exponentielle au printemps 2015, répercussion logique de l'arrivée massive sur les rives méditerranéennes de l'Europe de réfugié-e-s fuyant la guerre et les persécutions dans leur pays.

    Le matin du lundi 2 juin 2015, j'ai assisté au démantèlement du camp. J'y ai vu les cars emmener les migrants vers des solutions d'hébergement qui devaient mettre fin à leur calvaire. Tout cela devait se faire "avec humanité", nous disait-on.

    Je me passionne pour l'histoire de mon quartier et m'y promène souvent, appareil photo en main. Ce jour là, j'avais mon appareil, mais je n'ai pris aucune photo, cela me paraissait indécent, et plusieurs médias étaient là pour en rendre compte, à quoi bon ?

    Mais le même jour,  j'ai aussi vu les migrants "oubliés" de l'opération qui regardaient la destruction du camp et de leurs effets personnels et quelques fois de leurs papiers. J'ai vu le soir-même des dizaines de migrants errant autours de la place de la Chapelle à la recherche d'une solution pour passer la nuit. J'ai vu une jeune femme avec son bébé dans les bras assise sur le trottoir le long du square de Jessaint clos, une mère qui s'apprêtait à passer la nuit dehors, n'ayant même plus une tente de fortune pour s'abriter avec son enfant.

    Dans les médias, tout le monde commentait l'opération du matin, s'en félicitait et… rien. Pas un mot sur tous les "oubliés de la Chapelle". L'ancien camp, à présent clôturé et gardé par des vigiles et des chiens, ayant disparu, les migrants de la Chapelle aussi. Pourtant nous étions qu'au début d'une longue et harassante errance pour les "migrants de la Chapelle".

    Jeudi 4 juin, j'ai vu de ma fenêtre des personnes dormir à même le pavé du parvis de l'église Saint-Bernard. Vendredi 5 juin, j'ai vu un déploiement policier massif autours des migrants à la rue. Très peu de bénévoles et de soutiens étaient sur place, quelques rares journalistes et photographes de presse indépendants étaient là également, aucun politique, grand média ni télévision n'étaient présent. Là j'ai pris mon appareil photo.

    J'ai vu l'expulsion violente des migrants du square Saint-Bernard-Saïd Bouziri par les forces de l'ordre. J'ai vu des migrants, déjà épuisés, trainés en plein soleil, un jour caniculaire, sans eau,  pendant des heures au cours d'une opération policière pour le moins  ubuesque, qui consistait à faire monter de force dans un métro des migrants au milieu des usagers habituels. J'ai vu ces mêmes migrants et quelques soutiens, des militants là depuis le premier jour et qui ne sont pas ceux qui s'afficheront devant les médias les jours suivant, tenter d'investir un gymnase pour avoir un abri. J'ai vu les forces de l'ordre évacuer, toujours avec violence, les migrants, leurs soutiens et même un photographe de presse. J'ai vu aussi naitre une solidarité impressionnante de la part de nombreux anonymes, des riverains pour la plupart, qui ont nourri et soigné des migrants abandonnés de tous (et continuent encore).

    Nous étions samedi 6 juin et aucun média traditionnel ne rendait compte de ce que j'avais vu la veille, si ce n'est de brèves dépêches parlant d'une tentative d'investissement d'un gymnase. Rien sur les violences policières, rien sur l'abandon total de personnes déjà vulnérables par un État démissionnaire, rien.

    C'est pour cela que j'ai créé dans l'urgence le photo-blog "Avec humanité…", il fallait que je dise et surtout que je montre ce à quoi j'avais assisté. L'effet a alors dépassé mes attentes, le site est visité par plus de mille visiteurs uniques en moins de 24 heures après sa création. Plusieurs journalistes se sont mis en contact avec moi et l'information a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Je ne suis pas le seul évidemment, quelques autres se sont activés pour qu'on parle enfin du sort terrible que les pouvoirs publics faisaient subir aux migrants. 

    Ensuite, on connait un peu mieux l'histoire, enfin couverte par la presse : Pajol, le Bois Dormoy, la caserne de Château Landon et actuellement le jardin d'Éole. J'ai continué à montrer ce que je voyais et raconter, enfin, un peu. En effet, le sort des migrants me semblait infiniment plus important à mettre en lumière que de parler des tribulations souvent pathétiques des politiques sur place et dans les dorures de la République, plus soucieux de communication politique que du sort des migrants. Peut-être un jour,  je prendrai le temps de raconter ça aussi.

    Pendant ces jours passés, le témoin que je suis a pu rencontrer et échanger avec un grand nombre de journalistes, d'élus et de politiques de tous bords, de représentants institutionnels, d'associations, de bénévoles, de militants et surtout de "migrants", des femmes, des enfants et essentiellement des hommes, jeunes pour la plupart, dont l'histoire de vie nous obligent à l'humilité. J'ai pu mesurer sur le terrain et en temps réel le décalage entre les réponses politiques (ou leur absence) et la terrible réalité des migrants.

    Maintenant que bon nombre d'associations, de partis politiques, d'organisations syndicales et surtout de médias se sont investis, je reste mobilisé sur la situation des "migrants de la Chapelle" (et des autres), mais ce photo-blog ayant atteint son but, va s'éteindre. Toutefois, il ne va pas disparaitre, pour ne pas oublier le traitement "avec humanité" réservé aux réfugiés politiques à Paris en 2015. Pour ne pas oublier l'intolérable harcèlement que la France a fait et  fait subir à ces migrants, au mépris de toutes les conventions internationales dont elle est signataire. Mais aussi pour éviter à certains la tentation de vouloir réécrire cette histoire.

    Malgré toute l'amertume, la colère et la honte que m'ont inspiré ces évènements, ma modeste satisfaction est d'avoir, avec quelques autres, tenté d'alerter médias, décideurs politiques et "opinion publique" sur le sort des migrants afin que finisse le silence assourdissant qui régnait alors. Mais cette mise en lumière est très loin d'être  suffisante et satisfaisante, et nous devons tous maintenir la pression sur les pouvoirs publics nationaux et européens tant que tous les réfugiés qui arrivent en France ne seront pas accueillis enfin "avec humanité".

     

    Jean-Raphaël Bourge

    Paris, le 14 juin 2015

     


     

     Vous pouvez soutenir les "migrants de la Chapelle" en faisant un don : http://www.gofundme.com/wp4c9k

     


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